un outil pour penser
Le grand carré – note du 7 novembre 2006
Un outil pour penser. J’en ai toujours rêvé.
Pas de simples références d’auteurs, ni l’entassement de données qui court circuite l’unité vitale. Je pense à une forme.
Les mythologies nous en donnent le parfum. Les sciences en ont l’intuition.
Il s’agit de retrouver une langue. Mais avant, essayons de faire un état des lieux :
Nous utilisons l’heure, machinalement. Nous voyageons sur un vaisseau en fuite.
Pour nos déplacements, nous nous servons de repères sociaux : villes, rues, entreprises et résidences .
En ce qui concerne le sens, nous mêlons quelques éléments de morale élémentaire à de vagues références familiales, une addition poétique d’interdits, de préjugés et autant de faux semblants. Pour les meilleurs d’entre nous, une personnalité se forme. Elle tient de l’expérience de la douleur, du bonheur, elle tient du cœur.
Certains ne sont pas complètement sangliers. Un peu d’eux-mêmes est resté en pays d’enfance, du merveilleux d’Alice. Ils entendent la voix indienne qui murmure dans le vent. Ils sont parfois sensibles aux étoiles, au vin, à certains signes de saison.
D’autres, hélas, ont durci plus vite. Réfugiés dans une compulsion, ils ont forgé le cuir clouté de leur prison. Violence, alcool, drogue, calmants, hypnose des yeux, des mains, du sexe sont leurs bourreaux.
Pour s’évader, pour rejoindre le pont de vie qui s’ouvre au devant de nous, quelque part, en vérité et en liberté, il faut franchir une limite.
Aux enfants, aux jeunes gens, aux résistants de 40 ans qui n’ont pas gobé ce qu’on leur a servi congelé : l’art moderne, la philosophie nihiliste, la merde bien emballée du marketing ; à ceux-là, il est encore possible de vivre !
La langue, le message, l’appel dont je vous parle est une poésie : la votre.
Les prophètes ne manquent pas. Ni les injonctions, qui couvrent nos murs de paroles. De très belles femmes, en retour de lointains pays d’amour, prennent le mal humain dans leurs mains désormais patientes…
Les voyageurs, les musiciens sont encore troubadours.
La résistance est en nous.
Le pouvoir n’a pas encore un contrôle absolu. Il le sait : il tremble que sa machine monstrueuse tombe en panne. Il s’arrange pour faire peser la peur. Que la fin de cette machine signifierait la fin des hommes.
En croisant banques et entités de sondage, médias et médiums, concours et élite, le grand pouvoir pense alimenter sa machine éternellement.
Les machines d’état sont des monuments de mensonge. Aucun pays ne peut envoyer la pierre à l’autre, dans ce registre.
Je me souviens de l’impact du film NIKITA sur les cadres français : Besson les avait dessillés d’un seul coup !
Le cinéma, contre pouvoir un temps, participe malgré lui aussi de la machine.
Il devient l’antidote et représente le tribut que paye la machine à l’imaginaire indéracinable des foules. Mais la manipulation s’infiltre partout.
Où aller ? Et même si certains ont compris ?
Y a t –il un monde ailleurs ?
Que faire d’un désespoir ? L’enterrer en serrant les dents ? Le cracher au visage des puissants en manifestant ?
La génération d’avant l’a déjà fait en vain…
Quelques dauphins pensent avoir passé la barrière ! leur radar brouillé n’enregistre pas les bassins spéciaux créés pour leur donner l’illusion de la liberté. Ils sont comme « le prisonnier » et portent le N°6.
Le parcours épuisé de quelques champions nous émeut : Néo, Solaar, Polnareff ou Johnny sont visiblement au bout des rêves de Tao, de Blues et de Lumière divine .
Les dames réfugiées dans la magie ( blanche comme il se doit) sont à court de sortilèges où atteignent leur septième roman…
Les phares sont en berne. Qui passera le flambeau ?
Ce sont les petits poissons, les internautes, les bloggers. Ils sont anonymes. Ils passent leurs vies en témoin, leds vivantes et scintillantes en profondeurs obscures.
Je préfère la myriade d’étoiles au seul soleil aveuglant. Nous sommes tous en route vers le mystère de nos destins, et chaque légende vaut pour elle – même.
L’outil n’est pas un modèle à suivre. C’est une arme que l’on choisit d’utiliser pour faire une œuvre d’art plutôt que pour détruire. C’est le verbe qui se prolonge en texte et en manifeste : comme le décret d’une justice indestructible.


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