la justice des enfants
La justice des enfants
Mes enfants sont le quatre mats lancé sous les vents des années 80 et 90.
Ils sont ceux qui me feront justice.
Libérés des poids de l’argent, des scrupules idiots de la religion et des peurs d’émigrés, ils joueront leur vrai rôle de citoyen du monde.
J’espère que les dieux leur feront de la place pour s’exprimer plus que nous avons pu, leur mère et moi.
En effet, ses mains d’ouvrages merveilleux et les miennes attardées sur des poèmes obscurs demeurent anonymes.
Les visages et les voix font la célébrité d’aujourd’hui mais les mains techniciennes sont à l’ombre des mots.
Les mains pourtant font tant de choses utiles et belles, et mes enfants d’Hermès vous le prouveront…
Ce manifeste s’adresse à mes enfants.
J’ai croisé mille vies curieuses du destin.
Chacune voulait connaître son potentiel, son signe astral et si les dieux souriaient toujours…
J’ai toujours répondu, ménagé les orgueils, essayé d’être honnête. Mais très peu d’entre eux m’ont aidé où aimé vraiment.
La liste des thèmes de naissance abordés est impressionnante mais le retour de voix amies est un faible écho.
Suis –je idiot ? Me suis-je fourvoyé croyant qu’il y a du bon dans l’être ?
Qu’importe !
Les quelques personnes de valeur qui m’entourent me font justice.
Au collège, à la Fac, à l’armée, au boulot : Plus de trente années de rencontres !
Il me reste, outre la nef de mon foyer sur les eaux vagabondes, une dizaine de fidèles.
Je ne partirai pas à la recherche des gens perdus.
C’est trop tard pour ceux qui n’ont pas allumé un feu. Ils sont en mer avec leur radeau ivre. Les quelques passagers qui comptent pour moi sont résistants.
Des cinq dernières années, il me reste une main, pas même une poignée de ceux-là.
Des dix dernières, il demeure deux mains, si je veux bien y apporter de l’eau.
Des vingt dernières, hélas, pas plus, que je ne soit obligé d’y déterrer l’amitié oubliée. C’est peu.
J’ai constaté qu’ils n’aimaient pas que j’en sache plus qu’eux.
Qu’ils ne comprenaient pas ma détresse d’être en ce monde étrange.
J’ai renoncé à me justifier. Chaque cœur se reconnaîtra mais je ne nommerai personne. Les visages et les voix disparaissent, il est vrai, mais les mains se souviennent.
A Ulysse, à Jason, voyageurs de la mer.


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